Les Cots n°5 - Episode 2 - Mission Furtive
Mardi c'était la tempête. À tel point qu'Adrien est libéré plus tôt de son travail, à la station de Nistos. Je rentre d'un stage spéléo dans le Lot, j'ai tout mon matos, je suis en Barousse... Un coup de fil plus tard, quelques déviations forcée pour Adrien à cause des arbres sur la route, une tronçonneuse et tout le matos chargé dans son Expert on se retrouve tout les deux en route pour le Col de Mortis.. Bon demi-tour on ne peux pas passer par Sacoué un trop gros arbre est sur la route, on part du côté de Gaudent. Ca souffle épais, des arbres sont couchés partout et frôlent la route, l'Expert se fait molester par les rafales. Après quelques zigzag entre les branches on arrive enfin à la carrière. On la dépasse pour s'engager sur la piste en face nord du Sacon, composée d'une grande hétraie qui pousse pratiquement à même le calcaire, dans la pente raide: situation plus qu'idéale en pleine tempête. On se fait arrêter par un arbre sur la piste, on a de la chance on est proche du parking de base, ça sera plus long de débiter le tronc et mieux vaut garder l'essence pour le retour... Au dessus les arbres dansent, s'entrechoquent, testent leur limites. En dessous, deux jeunes spéléos se demandent si ils sont stupides, se changent tant bien que mal en évitant que tout s'envole dans le camion et se disent qu'ils seront mieux sous terre. On croise les doigts pour Lambert (l'Expert d'Adri) qui lui, va devoir nous attendre içi et dans l'idée, nous ramener.
On avale la marche d'approche que l'on commence à optimiser, toujours avec le GPS en main car la nuit tombe, on rentre en effet dans le trou à 18H50. Dès le premier puits c'est la Bretagne, le trou sera actif dès le départ et on sait que ça n'ira pas en s'arrangeant: la zone ou nous sommes est prétendue sèche sur la topo, là ou nous sommes arrêtés la dernière fois des actifs sont supposés arriver. On se disait que ça serait interessant de voir le gouffre dans ces conditions, on ne sera pas déçu. En descendant on optimise encore un peu l'équipement, toute l'eau coule dans les petits méandres étroits qui séparent les puits, dans lesquels on se contorsionne, évidemment. Sous le P30 le débit est d'environ 10 l/s pour passer à 15+ l/s en bas du P24 là ou nous nous sommes arrêtés la fois précédente. Rien de bien méchant, ce sont de petites cascatelles qui tombent dans les puits, mais leur éclats suffit largement à nous tremper.
Nous voici arrivés à notre objectif d'aujourd'hui, le matos est sur place, on va pouvoir continuer. On laisse la MC telle qu'elle, il faudra la remettre à jour, on ajoute un point au P10 qui suit et on change la corde (qui date de 1995). Ici on est un peu à l'abri, micro pause et on continue en descendant ce puits remis à neuf. Dessous c'est carrément le Finistère, là pour le coup un petit actif est indiqué sur la topo, il provient de la cheminée au dessus du prochain P6. Un rideau d'eau nous sépare de la suite, ça ruisselle fort sur les parois. On commence à installer la main courante du P6 mais on peut même pas lever les yeux... Bon, on se dit que là c'était déjà assez baston, à partir de la ce n'est plus équipé (on t-il désescaladé le P6 en oppo? il y'a peut être encore des cordes plus loin). Pas la peine de continuer on serait trop lents, on a plus trop de cordes qui correspondent aux longueurs nécessaires. Cigarette d'abnégation les yeux perdus dans le fracas de l'eau, les sourcils froncés de détermination, on pense à celle qu'on pourra cramer au fond.
Il est environ 10h quand on est de retour à la voiture, le vent s'est calmé mais reste présent. Pas d'embacle sur la route, buée sur le pare brise et cul mouillés sur les sièges. TPST: 3h




