Germinal
Bonjour à tous !
De retour à Mendoza (Argentine) pour reprendre les cours, et profitant du calme relatif régnant dans la maison, je vais vous conter une partie de mon voyage (Bolivie, Pérou, Equateur) qui m’a particulièrement bouleversé.
Mi-décembre, je me dirige vers la ville de Potosi en Bolivie avec deux de mes colocataires (Benjamin et Clémence) et un ami (Martin). Cette ville doit sa richesse à ses mines d’argent misent en place par les espagnols lors de la colonisation (à partir de l’an 1545). Elles s’étendent sur tout le « Cerro Rico ». Curieux (un peu trop peut-être) de connaître les conditions de travail actuelles des mineurs, nous décidons d’aller visiter ce dédale accompagné d’un ancien mineur converti en guide.
Nous entrons donc dans les galeries avec une pseudo-combinaison, et nous nous rendons compte immédiatement des conditions déplorables des mineurs : pas de masque, pas de plan d’aménagement de la mine, les tirs n’arrêtent pas de résonner autour de nous, les amas de pierres extraites sont empilées dans tous les sens et manquent de s’ébouler à tout moment, les chariots tractant en moyenne deux tonnes de minerais n’ont pas de freins, etc. Les accidents sont donc fréquents et presque tous les mineurs se sont perdus dans ce labyrinthe, certains pendant plusieurs jours. L’ambiance est donc assez triste, les mineurs n’arrêtent pas de tousser (de nombreux sont victimes de la Silicose), nous leur amenons des feuilles de coca, des cigarettes (seul moyen de prévenir les poches de gaz) et de l’alcool à 96° (pour boire et non pour désinfecter ! J’en ai bu un bouchon, j’ai pleuré !). Mais ce qui nous a le plus choqué est de savoir les conditions de travail des mineurs sous la colonisation ; les mineurs restaient sous terre pendant 3 mois sans pouvoir sortir, la conséquence est simple : 8 millions de cadavres indiens. Tout ceci faisant naître des croyances et des coutumes qui persistent encore aujourd’hui, comme les offrandes au « Tio » (voir photo) et les sacrifices de lamas.
Cette activité minière a également un impact sur le paysage et l’organisation de la ville de Potosi. Aujourd’hui le sommet est moins haut qu’il y a quelques centaines d’années, il a aussi changé de couleur car les minerais extraits restent sur les flancs du « Cerro Rico ». Potosi est marquée par la pauvreté, les quartiers autours du mont sont des bidonvilles. Bien qu’elle ait été un pôle important du commerce durant la colonisation, Potosi est aujourd’hui une ville ouvrière qui dépend économiquement de Sucre et qui s’ouvre petit à petit au tourisme grâce à ses mines…
De mon côté je préfère largement travailler comme guide au Gouffre d'Esparros ;) Mais à part ça, retourner sous terre, ça fait toujours plaisir !
Saludos !
Antoine.


